Sept approches, une même éthique clinique

Je ne suis pas un praticien « d'une seule méthode ». Un cabinet équipé de plusieurs outils permet de choisir, pour chaque personne, celui qui épouse le mieux ce qu'elle traverse. Voici les sept courants sur lesquels je m'appuie — leur logique propre, leurs auteurs de référence, et quand je les convoque en séance.

Pourquoi plusieurs approches ? Un psychotrauma ne se travaille pas comme une addiction. Une phobie n'appelle pas les mêmes leviers qu'un deuil. Un conflit interne ne demande pas la même structure de séance qu'un état d'épuisement. Choisir une seule école, c'est parfois imposer à chaque patient un moule qui ne lui correspond pas. L'éthique clinique moderne — celle qu'on apprend en supervision, pas dans les plaquettes marketing — invite à disposer d'une boîte à outils large, et à savoir quel outil pour quel moment. C'est ce que les sept approches présentées ici permettent.

Ces sept courants sont tous articulés entre eux. Ils partagent un socle commun : le respect du rythme du patient, la confiance dans les ressources internes, l'appui sur l'état modifié de conscience comme outil de transformation. Ils diffèrent par leur point d'entrée, leur grain, et les cas cliniques qu'ils éclairent le mieux.

Approche 1

Hypnose ericksonienne

Milton H. Erickson · Ernest Rossi · ARCHE (Kevin FINEL)

L'hypnose ericksonienne est la racine contemporaine de l'hypnose clinique. Milton Erickson (1901-1980), psychiatre américain atteint de poliomyélite depuis l'enfance, a révolutionné la pratique en passant d'une hypnose d'autorité (« vous allez dormir », directive, uniforme) à une hypnose indirecte et utilisationnelle : on travaille avec les ressources, le langage et le rythme propres à chaque patient. Ernest Rossi, son dernier collaborateur, a ensuite formalisé les mécanismes neurobiologiques sous-jacents.

« Chaque personne est un individu. Par conséquent, la psychothérapie doit être formulée pour répondre aux besoins uniques de chaque personne, plutôt que de tenter d'adapter l'individu à des théories préconçues. » Erickson, M.H. (1959). « Naturalistic Techniques of Hypnosis » — in The Collected Papers of Milton H. Erickson on Hypnosis, Vol. 1, éd. E.L. Rossi, 1980, p. 226.

Ce qui la caractérise

  • Suggestions indirectes plutôt que directives (« vous pouvez peut-être remarquer… » au lieu de « vous allez sentir… »)
  • Usage systématique de métaphores thérapeutiques calibrées au patient
  • Respect du rythme propre de chacun — aucune « profondeur » exigée pour que ça fonctionne
  • Utilisation des résistances plutôt que lutte contre elles
  • Travail sur l'inconscient comme réservoir de ressources, pas comme lieu de conflits refoulés

Quand je l'utilise en séance

C'est le socle commun à toutes mes séances. Environ 80 % des inductions, des métaphores, des suggestions que je formule relèvent du cadre ericksonien. C'est la grammaire de base — sur laquelle se greffent ensuite, selon besoin, les autres approches.

Approche 2

Thérapie des parties (IFS)

Richard Schwartz · Internal Family Systems · Développée à partir des années 1980

L'IFS (Internal Family Systems) a été développé par Richard Schwartz, thérapeute familial qui a eu l'intuition, en écoutant ses patients, que la psyché fonctionne comme un système de parties en relation. Chacune a son histoire, son rôle, son intention — et toutes, sans exception, cherchent à protéger ou à préserver quelque chose. Autour de ces parties, un « Self » central — calme, curieux, compassionnel, courageux — est toujours présent, même chez les personnes les plus en souffrance.

« There are no bad parts. »
Richard Schwartz

Les trois types de parties

  • Les exilées : parties blessées, souvent jeunes, qui portent la souffrance (peur, honte, douleur). Elles ont été mises à l'écart pour que le système puisse fonctionner.
  • Les protectrices (managers) : parties qui maintiennent l'ordre du quotidien pour éviter que les exilées ne remontent (perfectionnisme, contrôle, hypervigilance).
  • Les pompiers : parties qui interviennent en urgence quand une exilée remonte malgré tout — consommation, dissociation, passages à l'acte.

Quand je l'utilise en séance

L'IFS est particulièrement puissant sur les addictions (où une partie veut arrêter et une autre consomme — le conflit interne est littéral), sur les psychotraumas (les exilées portent la mémoire du trauma), sur les conflits internes chroniques (« je me sabote », « je ne m'aime pas »), et sur les troubles du comportement alimentaire. Je l'utilise souvent en co-articulation avec l'hypnose ericksonienne : la transe permet d'accéder aux parties plus facilement, et l'IFS structure le dialogue interne qui en découle.

Approche 3

Hypnose générative

Stephen Gilligan · Élève direct d'Erickson et de Bateson · PhD Stanford

Stephen Gilligan est l'un des rares élèves directs de Milton Erickson encore en activité. Docteur en psychologie de Stanford, il a prolongé l'héritage ericksonien dans une direction nouvelle : la trance générative. Là où l'hypnose classique aide à résoudre un problème existant, la trance générative cherche à créer ce qui n'existe pas encore — une identité, une ressource, une manière d'habiter sa vie.

« Un problème n'est pas juste une difficulté — c'est une forme bloquée d'une intention créative. » Stephen Gilligan

Les quatre esprits (« minds »)

Gilligan propose de travailler simultanément avec quatre niveaux de conscience, au lieu d'un seul :

  • Somatic mind — le corps, les sensations, la respiration, l'enracinement
  • Cognitive mind — la pensée, les mots, les images mentales
  • Field mind — le champ relationnel autour de soi, les ambiances, les présences
  • Relational mind — les connexions aux autres, au vivant, à ce qui dépasse

L'état génératif, c'est quand ces quatre dimensions sont ouvertes, articulées, coordonnées. Dans cet état, la transformation se fait d'elle-même.

Quand je l'utilise en séance

L'hypnose générative est particulièrement adaptée aux transitions de vie (nouvelle étape, fin d'un cycle, ouverture d'un suivant), aux questions d'identité et de direction, à la créativité bloquée, au leadership et à la posture professionnelle, et à toute situation où le problème n'est pas seulement à résoudre mais où quelque chose de nouveau doit émerger. Je la convoque aussi en fin de protocole addictologique, pour générer l'identité de non-consommateur plutôt que de simplement enlever la consommation.

Approche 4

Hypnose symbolique — animaux-totems

E. Steven Gallegos · Deer Tribe · Personal Totem Pole Process

E. Steven Gallegos, psychologue américain et élève des traditions amérindiennes, a développé le Personal Totem Pole Process : une manière de travailler en transe avec des animaux imaginaires associés aux chakras, qui fonctionnent comme des guides symboliques de ressources internes. Chaque chakra (enraciné dans le bas-ventre, le plexus, le cœur, la gorge, le troisième œil, la couronne) accueille l'émergence spontanée d'un animal, porteur d'un enseignement précis.

« The animals that appear know where to take you. » E. Steven Gallegos

Ce qui la caractérise

  • Travail exclusivement en imaginaire — rien n'est extérieur, tout est généré par la personne
  • Aucune interprétation préfabriquée (l'ours n'est pas toujours la force, le loup n'est pas toujours la solitude) — l'animal parle pour cette personne, à ce moment
  • Dialogue hypnotique avec chaque animal : questions, écoute, requêtes, parfois négociations
  • Cartographie symbolique du système énergétique perçu — utile quand les mots ne suffisent pas

Quand je l'utilise en séance

L'hypnose symbolique est précieuse dans les situations où le langage est un obstacle — soit parce que les mots manquent (vécu pré-verbal, états somatiques non nommés), soit parce qu'ils sont trop usés (« je sais déjà tout ça »). Je la propose dans les psychotraumas anciens, pour les personnes qui pensent trop et sentent peu, en quête de sens ou en questionnement existentiel, et dans les accompagnements longs où l'on cherche à renouveler les ressources internes.

Approche 5

Hypnose régressive

Travail sur les scènes fondatrices · Utilisé avec rigueur et cadrage scientifique

L'hypnose régressive est une pratique qui consiste à revisiter, en état modifié de conscience, des scènes fondatrices du passé — souvenirs accessibles, parfois pré-verbaux — afin de les traiter dans un cadre sécurisé. Elles peuvent être biographiques (votre histoire) ou symboliques (transgénérationnel, non biographique, etc.). Elle permet de réinscrire ces scènes avec de nouvelles ressources, de désactiver leur charge émotionnelle, et de refermer des boucles restées ouvertes.

Comment je l'utilise concrètement

  • Sur des scènes clairement identifiées par la personne, qu'elle veut retraiter avec un appui hypnotique ou par le biais des émotions présentes dans l'ici et maintenant
  • En appui sur des techniques de dissociation (vision à distance, écran mental, ressources importées depuis le présent) pour éviter la revictimisation
  • Toujours après l'installation d'un ancrage de calme solide — jamais en première séance sur un terrain traumatique
  • Avec un soin particulier aux co-articulations IFS (on rencontre les parties qui portent la mémoire, on ne « force » pas la scène)
Cadre scientifique et éthique. La recherche sur la mémoire (Loftus, Spanos, 1989 et suivants) a largement documenté la possibilité de faux souvenirs créés ou renforcés par des suggestions hypnotiques maladroites. Je n'utilise jamais l'hypnose régressive pour « découvrir » des événements non remémorés (abus présumés, vies antérieures, scénarios hypothétiques). Elle intervient uniquement sur des souvenirs accessibles préalablement. Cette rigueur est non négociable. Voir études sur les faux souvenirs.

Pour quelles indications ?

Phobies à scène fondatrice accessible, comportements ou schémas répétitifs, enjeux émotionnels, répétitions relationnelles inexpliquées que la personne relie, après exploration, à un épisode ancien. Ou simplement si vous désirez explorer. Ces séances ne se font jamais en séance 1 — elles nécessitent d'avoir posé un cadre de sécurité solide et une bonne alliance thérapeutique.

Approche 6

Breathwork — respiration consciente connectée

Héritage du Rebirthing (Leonard Orr), du Holotropic Breathwork (Stanislav Grof) et des pratiques contemporaines

Le breathwork désigne un ensemble de techniques de respiration consciente (le plus souvent une respiration connectée : inspiration et expiration sans pause, sur une durée de 20 à 60 minutes) qui induisent, sans substance, un état modifié de conscience parfois intense. Ces pratiques, issues des travaux de Leonard Orr (Rebirthing, années 1970) et Stanislav Grof (Holotropic Breathwork), sont aujourd'hui largement diffusées dans le champ du bien-être et du travail corporel — avec parfois moins de rigueur qu'il ne faudrait.

Ce que je fais, et ce que je ne fais pas

  • Je propose le breathwork en séance individuelle, dans un cadre clinique, avec un accompagnement verbal et une veille physiologique constante — pas en atelier de groupe spectaculaire
  • Le but n'est pas la catharsis pour la catharsis — c'est une ouverture qui doit être accompagnée et intégrée après
  • Les contre-indications médicales sont systématiquement vérifiées en amont : pathologies cardiaques, épilepsie non stabilisée, troubles psychotiques, grossesse, pression artérielle mal contrôlée
  • Jamais en première séance — toujours après un minimum d'ancrage et de confiance

Quand je l'utilise en séance

Le breathwork est particulièrement pertinent quand le corps a besoin de parler avant les mots, quand l'émotion est empêchée (blocage, alexithymie, contrôle), et comme complément dans un parcours psychothérapeutique classique qui a trouvé ses limites dans la parole seule. Je le propose généralement après quelques séances d'hypnose, une fois la relation établie, et pour des demandes précises — pas comme outil central.

Transparence importante. Le breathwork est un champ à la scientificité inégale. Certaines études (Grof, Rhinewine & Williams 2007) documentent des effets positifs sur l'anxiété et le stress ; d'autres pointent des risques (hyperventilation, syncope, réactivation traumatique non accompagnée). Je m'inscris dans la pratique clinique prudente, pas dans l'approche « spirituelle » sans cadre.
Approche 7

Dynamiques émotionnelles & relationnelles — D.E.R.

Approche intégrative · Psychothérapie humaniste, hypnose et neurosciences affectives

Les D.E.R. — Dynamiques Émotionnelles et Relationnelles — constituent une approche intégrative qui articule psychothérapie humaniste, hypnose clinique et apports contemporains des neurosciences affectives. Le postulat de fond : nos émotions ne sont pas de simples réactions passagères, mais des messagères qui portent l'empreinte de notre histoire — blessures anciennes, besoins inassouvis, schémas relationnels hérités. Lorsqu'elles ne sont pas pleinement vécues ni comprises, elles s'accumulent et produisent des tensions, des blocages et des comportements répétitifs qui se rejouent à notre insu.

« Il ne s'agit pas de "gérer" ses émotions, mais de les transformer : qu'elles deviennent une force qui guide plutôt qu'un poids qui freine. » Principe directeur des D.E.R.

Trois piliers articulés

  • Comprendre les dynamiques inconscientes qui modèlent les réactions et la qualité du lien à l'autre
  • Ressentir et exprimer pleinement les émotions, dans un cadre suffisamment sécure pour qu'elles puissent se déployer
  • Transformer les schémas émotionnels limitants en ressources internes — restituer aux émotions leur fonction de boussole

Ce qui la caractérise

  • Travail conjoint sur la compréhension cognitive et sur le vécu corporel de l'émotion — pas l'un sans l'autre
  • Identification des schémas relationnels répétitifs, souvent ancrés dans l'enfance ou consolidés par des expériences marquantes
  • Recours à l'hypnose et à des exercices ciblés pour accéder aux mémoires émotionnelles non verbalisables
  • Visée non pas de « gérer » les émotions, mais de les métaboliser pour qu'elles deviennent un guide plutôt qu'un poids
  • Respect strict du rythme de la personne — pas de catharsis forcée, pas d'interprétation imposée

Quand je l'utilise en séance

Les D.E.R. sont particulièrement adaptées aux personnes qui ont du mal à réguler leurs émotions ou à comprendre leurs réactions ; qui se sentent envahies par des affects intenses (peur, colère, tristesse, honte) ; qui rejouent des schémas relationnels douloureux ; qui ont le sentiment de ne pas être pleinement elles-mêmes ; ou qui souhaitent pacifier des blessures anciennes dont l'écho continue d'influencer le présent. En pratique, je convoque cette approche en co-articulation avec l'IFS (pour cartographier les parties émotionnelles) et l'hypnose ericksonienne (pour soutenir le travail de transformation en état modifié de conscience).

Quelle approche pour vous ?

En pratique, la question n'a pas à être résolue avant la première séance. C'est au fil du travail qu'on choisit l'outil le mieux calibré à ce que vous traversez. Pour préciser votre demande ou simplement échanger avant de démarrer, vous pouvez me contacter directement.

Contactez-moi →

Glossaire des termes ↗ ·  Études scientifiques ↗ ·  Motifs de consultation ↗